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 Un invité particulier

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Florian
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Pouvoirs : Les pouvoirs des vampires
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Nom complet: Joseph Florian Louis-Jules Lorenzo, baron de Valenmont

MessageSujet: Un invité particulier   Dim 24 Aoû 2008 - 21:17

La clef eut un petit cliquetis métallique en fouillant la serrure qui gardait close la demeure de Florian. La porte s'ouvrit silencieusement sur des ténèbres que dispersait à peine la faible clarté de la lune. Pour des mortels, dont les yeux ne sont par nature jamais complètement accoutumés à l'obscurité quasi totale, la scène aurait pu avoir quelque chose d'inquiétant. Les meubles de marqueterie, aux couleurs délicieuses dans la gloire du jour, prenaient des teintes lugubres dans la lumière cadavérique de l'astre nocturne. Le plancher de marbre renvoyait subtilement ces lueurs opalines, si bien que, là où les murs du bel-étage étaient ajourés de hautes fenêtres, un effet phosphorescent trompait l'oeil du visiteur.

Dès qu'il eut pénétré sa demeure, le baron de Valenmont fut brusquement assailli par une pensée déplaisante: le cadavre de sa papillona était toujours là à gésir sur le lit où il l'avait laissée, ses yeux vitreux encore fixés sur les étoiles filtrant à travers le puits de lumière. Il lui faudrait donc congédier son invité une heure ou deux avant que de voir poindre le jour, le temps pour lui de disposer du corps.

-Entre!, fit-il alors qu'il fixait distraitement la petite mezzanine à laquelle on accédait depuis cette chambre.

S'écartant de l'entrée pour laisser passer d'Artevenn, Florian se débarrassa de sa canne en bois d'acajou avant de fermer sa porte sur la nuit noire.

Et quelle nuit il passait! Après avoir fait la rencontre fortuite de son créateur, voilà que leurs querelles semblaient sur le point de trouver un dénouement parfaitement pacifique. Au retour du Jardin des Tuileries, où ils s'étaient revus pour la première fois en dix ans, Guillaume n'avait pu cacher la curiosité qui le taraudait, aussi Florian comptait-il en effet lui raconter la décennie qu'il venait de passer en exil.

-J'ai hanté, toutes ces années, les rivages du sable le plus blanc qui se puisse trouver, avait-il lancé, comme un apéritif, destiné à aiguiser encore l'appétit de son comparse pour l'histoire qu'il pourrait entendre si la chose lui plaisait. J'ai chassé sous des latitudes qui offraient à ma vue de toutes nouvelles étoiles, de nouveau horizons. J'ai été la petite imperfection dans la joyau des colonies française d'outre-mer.

Pour peu que son créateur eut un peu de culture et d'intérêt pour les changements qui agitaient le monde moderne, il avait compris que Florian parlait de Saint-Domingue, qui, de tous les territoires de l'empire colonial, fournissait le plus abondamment le sucre à présent si prisé des européens.

Les deux comparses avaient ensuite prit le pont qui les avait mené sur l'île Saint-Louis, là où se dressait la grande demeure qui venait de les accueillir en son sein. Et d'ailleurs, cette demeure s'éclairait d'une lumière moins blafarde tandis que, armé d'une fine baguette de bois portant une élégante flamme en son extrémité, le vampire allumait une par une les chandelles de cire d'abeille posées au sommet de candélabres de fer artistiquement travaillés. Bientôt, le vestibule au plafond surélevé s'échauffa d'une clarté réconfortante, laquelle irradiait jusqu'au double escalier. Les murs alentour étaient de boiseries onéreuses ornées en quelques endroits de lignes dorées et tendus de velours chatoyant. Le tout était gris clair, couleur habilement reprise dans le marbre du plancher, blanc et lamé de rainures plus foncées.

-Me suivras-tu au salon?, proposa le maître des lieux avant d'entraîner son ami dans une chambre attenante.

La pièce était meublée de fauteuils aussi beaux que confortables, couverts du même velours bleu de Prusse que les rideaux accrochés aux fenêtres et conçus dans le style Louis XV également admirable dans les consoles et les tables qui complétaient l'habillement de la salle.

-Je t'en pris, prends place, offrit Florian avec un petit signe courtois. Je vais faire un peu de feu.

Bientôt, la cheminée de marbre crépitait d'écarlate. La pièce n'en était que plus confortable, et la chaleur propre qui émanait de l'âtre était aussi figurée, créant une atmosphère propice à la longue conversation qui semblait devoir s'amorcer. Le vampire vint s'asseoir en face de son congénère.

Un long moment durant, le baron de Valenmont fixa silencieusement son invité, détaillant son visage parfait. Il s'attarda sur la magnifique couleur de ses cheveux blonds, sur ses cils qui frangeait magnifiquement ses yeux pénétrants. Ha, ces yeux! Il ne fallait pas regarder trop longuement un oeil si intense, au risque de ne plus voir que lui, tout comme le soleil, pour autant que vampires s'en souviennent, laisse une tache brillante sur la rétine de qui y suspend son regard.

Enfin, il était là. Artevenn était là, devant lui, placide. Aucune menace n'était décelable chez lui alors même qu'ils venaient de se dire une partie de ce qu'ils avaient sur le coeur. Ils allaient pour parler, maintenant. Se raconter leurs vies comme ils auraient dû le faire longtemps auparavant.

-Je ne suis pas moins curieux que toi, lançant Florian pour briser le silence. As-tu donc passé la décennie dernière à Paris? N'as-tu pas voyagé depuis que je t'ai quitté pour la dernière fois?

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MessageSujet: Re: Un invité particulier   Ven 29 Aoû 2008 - 15:51

Tout le temps qu'avait duré le trajet jusqu'à la demeure qu'habitait Florian sur l'Île Saint-Louis (décidément il était loin le jeune aristocrate sans-le-sou), Guillaume s'était abîmé dans des songeries portant sur les lointaines colonies françaises, particulièrement celles qui se trouvaient à l'Ouest. Les Amériques avaient longtemps fait rêver les esprits aventuriers des européens : un nouveau continent, la présence de l'or, la possibilité d'échapper aux lois... Pourtant l'envie n'avait jamais pris le vampire de traverser l'Océan pour découvrir ces "nouveaux" territoires. Trop attaché aux vieux continents, le vampire était aussi encore bien trop désireux de voyager dans les pays orientaux pour être tenter par le mythe de l'Ouest. Plus tard, peut-être. Après tout ce n'était pas le temps qui lui manquait.

En revanche, bien qu'il ne poussa pas plus loin ses questions, Guillaume ne pouvait s'empêcher d'essayer d'imaginer quelle avait été la vie de son infant outre-mer. Quoiqu'il en soit, sa nouvelle fortune s'expliquait plus aisément : il ne devait pas être bien sorcier pour un vampire de s'y faire une bonne place... A condition de ne pas être stupide naturellement, mais cette éventualité concernant Florian ne l'avait même pas effleuré. En fin de compte, le fait que le jeune vampire soit revenu en Europe pouvait être argument de plus concernant le peu d'intérêts qu'il y avait à se rendre dans les colonies, mais la curiosité de d'Artevenn restait suffisamment peu écornée pour qu'il garde de nombreuses interrogations pour plus tard.

Pour l'heure, il découvrait la résidence du baron de Valenmont. Voilà qu'il retrouvait les goûts qu'il avait bien connus, et appréciés, dix ans plus tôt. Chaque pièce avait été soigneusement habillée et s'harmonisait agréablement avec les autres, les objets passant d'un charme à l'autre tandis qu'ils étaient tantôt plongés dans une obscurité ou vaguement luminescents de par l'action de la lune, tantôt éclairés par la lumière des flammes. Le vampire ne se rappelait pas avoir été à ce point pris par le jeu de couleurs à la fois si intenses et si douces, si peu agressives, durant sa vie de mortel. Naturellement on aurait pu mettre cela sur le compte de ses sens surnaturels, mais on ne pouvait ôter si facilement ces attraits à la nuit.

L'odeur du cadavre frais au-dessus de leurs têtes ne le troubla nullement, tout juste s'il repensa avec amusement au dégoût que son infant avait montré auparavant pour les meurtres, et s'étonna que celui-ci ait négligé de s'en débarrasser plus tôt. De pitié, nullement. Guillaume avait souvent coutume de faire passer ses repas pour de simples assassinats, jetant les morts dans les fleuves ou au hasard des rues, la gorge tranchée ou empreints d'autres sortes de blessures. Qui en cette époque, aurait pu dire que la mort s'était produite avant l'ouverture de la plaie ? Qui aurait cherché dans le surnaturel ce qui pouvait être du fait des mauvais hommes qui peuplaient les rues ?

Il s'était assis avec aisance dans le fauteuil qui lui avait été proposé, dans une position désormais naturelle qu'il tenait depuis des lustres de son père qu'il avait tant admiré étant enfant, mi abandonné d'une espèce de fatigue, mi assuré. Puis le silence et le jeu des flammes, au lieu de le recentrer sur une situation somme toute assez peu ordinaire, le firent passer des observations aux réflexions. Bizarrement assez éloignées de ce qui l'avait mené en ces lieux, puisqu'il se demandait qu'elle serait la prochaine évolution des arts et des architectures, des musiques, sa propre demeure étant elle-même, du moins dans les étages, une belle représentation des âges qu'il avait traversés. Ce genre de songeries lui était de plus en plus fréquent, comme si au fil du temps, à force d'en prendre conscience il se détachait toujours plus de l'éphémère.

Pourtant lorsque la question de Florian brisa le silence, il n'eut guère l'air perturbé et revint avec un naturel déconcertant au sujet de sa présence. Tandis qu'il remarquait avoir été observé durant ce laps de temps sans parole, il y répondit par un sourire léger.

- J'ai voyagé, certes, mais bien peu. Je suis retourné un temps en mes terres, un temps en ma maison de Vienne. En vérité, je ne pensais pas revenir si tôt à Paris, mais elle brillait par trop et jusqu'en Autriche, si bien que je n'ai pu résister à l'envie de m'y couler derechef. C'est une époque... intéressante. J'aime ces salons, l'esprit curieux qui les anime. C'est une ère de changements, assurément.


Guillaume n'en fit pas la remarque, mais il était devenu méfiant vis-à-vis des changements autant qu'il aimait en être le spectateur, expérience oblige. Et puis Paris lui avait appris qu'elle n'était pas la reine de la stabilité. Malgré cela, il ne regrettait pas d'y être retourné, ne serait-ce que pour la nuit qu'il vivait présentement.

D'ailleurs, n'était-ce pas un changement aussi, cette façon de deviser calmement avec quelqu'un ayant cherché à le détruire ? Ne changeait-il pas lui-même ? Non, toute autre menace se serait depuis longtemps retrouvée à néant, n'était-ce que celle-ci se trouvait être son infant, par trop chéri malgré les évènements qui avaient bouleversés leurs existences respectives. Car en dépit de toute sa méfiance, quel plaisir de voir son visage sans plus aucune animosité ni peur à son encontre ! Cela le réchauffait bien plus que le feu ronflant dans la cheminée.

- En fait, je dois avouer avoir été surpris de t'y retrouver, poursuivit-il. Pourquoi être retourné en Europe, dis-moi ? N'as-tu pas rencontré l'un de nos congénères outre Atlantique ? Tu n'es pas seul à t'être décidé pour le Nouveau Monde, sais-tu ?

Une fois de plus, il fit silence sur ses propres réflexions, mais réaliser la présence de Florian dans la capitale française avait été un soulagement en même temps qu'un tourment puisque cela lui avait assuré qu'il n'avait pas été la victime d'autres vampires. Quant à son allusion sur l'attrait qu'exerçait les Amériques sur d'autres buveurs de sang, cela tenait des nouvelles qu'il avait eu de ses amis de Vienne avant de partir et depuis, dans leurs correspondances.

Cela se voyait-il à travers ses traits rigides de vampire ? En tous cas il avait de nombreuses questions à poser. Mais patient, il savait qu'un trop grand afflux d'interrogations apportait souvent peu d'informations.
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Florian
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MessageSujet: Re: Un invité particulier   Lun 8 Sep 2008 - 12:53

Toute essence de bois porte en elle sa valeur chromatique propre. Jetée au feu, toute bûche révèle sa nature dans ses coloris bien précis, uniques, si bien qu'un feu, selon l'aliment qu'on lui donne, peut prendre des teintes fort différentes. Parfois d'or gazeux, parfois de sang frais, les flammes peuvent ainsi passer par toutes les dégradations qu'offrent à la vue et l'aube et le crépuscule, tantôt topaze, tantôt rubis. Or, ce soir-là, le feu, écarlate un instant plus tôt, crépitait à présent dans l'âtre de pierre polie d'un jaune éclatant, à peine nuancé d'un peu d'orangé, et cette couleur si vive mettait beaucoup en valeur les cheveux dorés du vampire assis en face de Florian, l'air nonchalant. Ah, ces boucles blondes, retenues par une bande de satin! Leur simple vue, alors qu'il écoutait son créateur parler, inspirait au jeune buveur de sang les pensées les plus sensuelles. Que n'aurait-il aimé enfouir avec concupiscence ses longs doigts bagués dans cette fontaines de beauté, après avoir jeté au loin ce méprisable ruban qui la retenait sur sa nuque! Comme il eut apprécié d'y couler son visage, d'en sentir la douceur, d'en humer la chaleur! Et sentir cette tête pressée contre son sein alors même qu'il la couvrirait de baisers! Non, vraiment, il était à peine supportable que d'Artevenn fut aussi beau tout en étant assis en face de lui. Il était intolérable qu'il soit si proche et si loin, si présent et si froid. La tête de Guillaume était une pomme d'or du jardin des Hespérides: si délicieuse qu'elle semblât, il était interdit d'y toucher.

Et pourtant, cette envie s'accrut en Florian, et s'imposa d'autant plus à son esprit qu'il tentait de la refouler. En cet instant, il se prit à déplorer le mur élevé entre l'esprit de Guillaume et le sien. Il aurait bien aimé, en fait, que son interlocuteur capte ses pensées, car alors il aurait pu y réagir - et, qui sait, peut-être même accéder à son désir sensuel - sans qu'il eut à formuler verbalement pareille fantaisie. Cependant, ils demeuraient condamnés à devoir s'étudier, à interpréter les attitude physionomiques de l'autre pour percer à jour les sentiments qui l'animaient. Or la chose n'était pas aisée, loin s'en fallait, car si d'Artevenn n'avait jamais été très expressif en paroles ou en gestes, Florian, lui, était accablé d'un désir inexprimable par le langage du corps seul.

Allons donc, il fallait se ressaisir! Ce n'est pas en vaines contemplations que les morts-vivants devaient passer cette soirée, mais en enrichissantes conversations! Florian se fit violence pour se concentrer sur le discours de son congénère, lequel l'entretenait de ses motivations à regagner la Cité des Lumières.

-Paris est en effet une superbe ville, acquiesça le vampire. Et au-delà de ses charmes d'ores et déjà connus, elle rayonne, elle... brille, comme tu le dis si bien. Quand bien même la France a perdu son Roi-Soleil, elle n'en a pas moins une capitale... solaire!

Un sourire rieur illumina le visage de Florian.

-Quelle ironie, n'est-ce pas, que deux êtres de notre engeance s'y complaisent!, s'amusa-t-il. Si tant est que nous sommes les seuls buveurs de sang à purger Paris de ses habitants, ce dont je doute. Je n'ai pas eu le temps d'en croiser d'autres, mais ils sont là, j'en ai l'intime conviction. Ou alors ils ne savent pas ce qu'ils manquent.

Le beau mort-vivant adopta tout en parlant une pose plus méditative, les coudes appuyés sur le velours de sa chaise, le menton enserré du bout des doigts de sa main droite, les sourcils à peine froncés.

-C'est sans doute bien plus une ère de changements pour toi que pour moi, avança-t-il. À ma propre personne, le tournant que prend le monde me semble parfaitement naturel. Dans cent ans, certainement, je commencerai à trouver les choses trop différentes de maintenant. Plus je serai loin de ma vie de mortel, plus je voudrai y revenir. Je suis encore jeune, surtout pour un être de notre espèce. Je serais encore bien vivant si tu ne m'avais... offert le Don Ténébreux. Je n'aurais pas même une ride, encore. Mais je serai âgé, une nuit, et comme tous les vieillards, je maudirai les transformations du monde.

Après avoir parlé ainsi, Florian se tut, l'air songeur. L'idée de l'éternité était difficile à concevoir, mais bien plus appréciable que l'éventualité de la mort. Quant à Guillaume, impossible encore une fois de savoir ce qu'il pensait de cet entretien. Se réjouissait-il d'être là, était-il vraiment curieux des réponses pour lesquelles il posait ses questions? Ou n'était-il venu que par pure politesse, attendant le moment propice pour prendre congé de son infant? Là encore, rien dans sa gestuelle ne trahissait ses réelles pensées.

-Pour en revenir à Paris, et plus généralement à l'Europe, reprit le vampire, disons simplement que le nouveau monde est encore trop jeune. Immature. De ce que j'en ai vu, c'est un univers campagnard, sans vraies villes, sans intrigues, sans... sans le charme pittoresque de notre bon vieux continent. C'est un monde champêtre, volage, agréable, mais sans grande saveur. On en raconte mille histoires d'aventuriers, et je suis bien placé pour dire que certaines sont vraies – je te raconterai! - , mais c'est aussi un univers de stagnation, malgré son grand essor. Il y manque ce foisonnement intellectuel qui est le propre des grandes cités d'aujourd'hui.

Encore une fois, Florian marqua une pause pour laisser à son ami le temps d'analyser ses dires. Puis, achevant son discours d'une question:

-Ainsi, tu connais d'autres buveurs de sang revenus d'outre les eaux? Pour ma part, je n'en ai point croisés là où je me trouvais, mais c'est une île très grande que Saint-Domingue.

Le vampire était parvenu à oublier, l'espace d'un moment, son impétueux désir de toucher son congénère, mais, alors même qu'il se taisait pour céder la parole à celui-ci, une bûche craqua dans le feu et une lumière renouvelée inonda ses traits. Quelle torture! Quel supplice de Tantale!

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MessageSujet: Re: Un invité particulier   Mar 9 Sep 2008 - 16:07

- Je ne connais pas de vampires précisément revenus des Amériques. En revanche, ceux que je connais m'ont fait part du départ de certains de nos congénères pour le nouveau continent.

Cette phrase avait été précédée d'un léger silence durant lequel Guillaume s'était absorbé dans l'observation de son infant, hésitant sur les termes qu'il donnerait à sa réponse, hésitant sur ce qu'il était bon de révéler, prenant en compte l'étrange situation dans laquelle ils se trouvaient. Parfaitement ignorant du trouble dans lequel Florian se trouvait - et pour cause, les traits surnaturels étant naturellement peu expressifs et ne pouvant plus lire dans les pensées du jeune vampire, surtout se rappelant la méfiance qui en faisait la teneur la dernière fois que d'Artevenn avait pu y accéder, à quoi s'ajoutait le fait qu'un être aussi rancunier que Guillaume ne pouvait imaginer un tel revirement possible venant de la part de quelqu'un ayant désiré sa mort – le mort vivant, au contraire, craignait toujours d'une manière sourde, quelques restes de l'animosité qui l'avait tant blessé autrefois. Autrefois... C'est lui qui avait rêvé de toucher sans l'oser, bien que la chose fut encore plus complexe pour lui qui n'aurait pas cru une telle chose possible lorsqu'il était encore mortel.

L'âge et la méfiance faisant leur effet, la beauté de son vis-à-vis était, elle, malgré son éclat extraordinaire, éloignée par des barrières émotionnelles aussi fortes que peuvent l'être celles de ceux qui craignent plus que tout, plus que la mort elle-même, les déceptions, vexations et souffrances. Barrage fragile certes, mais consolidé par une volonté et une mémoire de fer.

- Et que tu n'aies pas croisé d'immortels à St-Domingue, ne veut pas dire ni qu'ils n'étaient pas présents, ni qu'eux, ne t'ont pas vu. Tu es si jeune encore...

Le vampire ne put retenir un sourire à ces mots. Oui, Florian était encore jeune, suffisamment pour, comme il l'avait dit, pouvoir imaginer être encore humain. Mais aussi pour changer aussi vite que le faisaient les mortels, s'emporter, se passionner. Du moins était-ce ce que pensait Guillaume, espérant en fin de compte, que cet état de chose ne disparaîtrait jamais, comme il aimait tant cette sensibilité chez son infant, cette presque innocence ou cette façon d'avoir l'air de méditer à voix haute. Ce n'était simplement pas dans sa nature de dire de telles choses, surtout avec un tel passé.

- Quant à Paris... Je la conçois comme lunaire, tant sont lunatiques ses habitants. Et elle est changeante. Aujourd'hui au faîte de sa luminosité, la pleine lune irradiant tant que les mortels peuvent y voir comme en plein jour. Mais hier nouvelle et noire, violente et folle, obscure. Enfin... Ce n'est qu'une question de sensibilité n'est-ce pas ? Mais si tu n'as pas vu d'autres vampires en ces lieux, ce n'est pas seulement que tu ne puisses les voir. Laisse-moi t'expliquer : la majorité d'entre nous nous nourrissons chaque nuit. Cela ne parait pas évident, mais imagine le nombre de morts que nous laissons derrière nous en une seule année même si nous nous privions une nuit sur deux ou même trois. Tu comprends bien qu'il nous est impossible d'être trop nombreux dans un seul lieu, fut-il aussi vaste que Paris. Si notre nombre grandit, la tension va de même, et il est devenu presque une tradition de veiller à ne pas dépasser un certain nombre. Six me paraîtrait un grand maximum pour cette cité. Passé ce stade, les nouveaux venus sont invités à passer leur chemin et s'ils ne le font pas... Eh bien, l'usage de la force est bien souvent de mise. Tu peux être certain qu'il y a bien plus de vampires désirant vivre à Paris qu'il n'y en a de fait.

De nouveau il se tut. Il ne désirait pas parler des morts que cela pouvait engendrer, parce qu'il aurait fallu alors parler de l'exception à la règle des meurtres entre immortels : on ne tue pas son "Père". Ce n'était guère le moment de remettre un tel sujet sur la table, pas quand il prenait plaisir à deviser ainsi avec Florian, comme il n'en avait jamais eu l'occasion auparavant, malgré tout le désir qu'il en avait eu. Et il y avait ses souvenirs propres aussi, Constantinople, bien sûr, mais aussi Vienne et d'autres, quand les rôles s'étaient inversés avec l'âge pris... Florian avait bien sûr l'air d'avoir changé et accepté certains... états de fait. Il n'empêchait que Guillaume n'était pas sûr que le jeune buveur de sang ait mué au point d'accepter de tels actes. Le vampire ne voulait pas prendre de risque en l'occurrence. Malgré sa grande maîtrise de lui-même, le sourire s'était effacé pour un bref et léger mordillement de lèvre, et un tout aussi léger froncement de sourcils avaient agrémenté sa dernière phrase. S'en rendant compte, il détourna les yeux vers l'âtre, reprit une expression plus neutre et changea de sujet.

- Quoi qu'il en soit.... Les voyages sont toujours sources d'apprentissage et souvent de ces plaisirs qui font la beauté de l'immortalité. Même alors qu'on n'utilise guère les moyens des hommes. C'est une telle liberté parfois d'être ce que nous sommes et il me semble que c'est un bien faible prix à payer que celui de ne plus pouvoir aller sous le soleil.

En vérité à ses yeux les flammes évoluant sous ses yeux avec toutes leurs nuances dorées inaccessibles aux yeux mortels, valaient bien plus que le plus beau coucher de soleil qu'il avait vu en ses jeunes années. Parce que désormais chaque chose révélait autant de beauté à chaque instant, quand autrefois il fallait attendre parfois des jours pour profiter des charmes qu'offrait le monde si tant était qu'on était en mesure de les apprécier à sa juste valeur. Et puis qu'aurait été sa vie ? Fauchée dans une jeunesse pourtant éclatante, comme beaucoup d'autres, mais déjà pleine d'un passé hanté de ce qu'on aurait aimé faire autrement. Mourir alors même qu'on commençait à savoir apprécier le simple fait de respirer... Guillaume releva le regard vers son congénère.

- Mais je peux comprendre que tu ressentes les choses différemment. Au moins, as-tu... aimé tes nuits ?

Bien que toute simple et d'apparence vague, c'était probablement la question la plus intime qu'il ait posée de toute la nuit, bien qu'il ne le regretta pas une seule seconde. Il avait comme besoin de savoir où en était son infant, comme besoin de définir à quel point ils s'étaient éloignés de cette malheureuse nuit dix ans plus tôt.
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